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Cinéma

Sandrine Bonnaire, sans fard et sans reproches

par Elisabeth Bouvet

Article publié le 04/08/2009 Dernière mise à jour le 14/08/2009 à 13:22 TU

Sandrine Bonnaire© Studio Canal

Sandrine Bonnaire
© Studio Canal

Vingt six ans se sont écoulés depuis sa première apparition au cinéma - c’était dans A vos amours (1983) de Maurice Pialat -, et pourtant l’on aurait bien du mal à trouver une note discordante dans la filmographie de Sandrine Bonnaire, à l’affiche à partir de ce 5 août du film de Caroline Bottaro, Joueuse. Rivette, Sautet, Leconte, Varda, Doillon, Depardon, Téchiné, Wargnier… Son parcours dénote au contraire une exigence qui n’a d’égale que la justesse de  ses rôles successifs. Toujours le ton vrai jusque dans la réalisation, l’actrice ayant signé l’an passé son premier film, Elle s’appelle Sabine dédié à sa sœur autiste. Entretien avec une comédienne confondante de naturel.  

Elle n’est pas maquillée (il n’y aura donc pas de photo, nous prévient-on). L’aurait-elle été (maquillée) que cela n’aurait probablement pas réussi à éclipser ce naturel qui confère à une conversation avec Sandrine Bonnaire, un tour à la fois inhabituel (dans ce milieu), évident et précieux. Prévu pour durer trente minutes, l’entretien en comptera finalement plus de quarante-cinq, c’est dire que lorsqu’elle s’engage (y compris dans cet exercice si peu goûté qu’est la promotion d’un film), elle ne regarde pas à la dépense.

En robe d’été aux tonalités marines, elle paraît plus élancée qu’à l’écran, à moins que notre mémoire n’ait été frappée une fois pour toutes par la vision au ras du bitume et des fossés de la vagabonde Mona, l’héroïne de Sans toit ni loi (Agnès Varda, 1985). Mais même si, depuis, le cheveu s’est éclairci et le visage un peu creusé, le légendaire sourire aux non moins légendaires fossettes n’a, quant à lui, rien cédé aux temps, toujours aussi lumineux, généreux et spontané. Il s’invitera d’ailleurs sans retenue dans la conversation avec ce mélange de grâce et de franchise qui déleste ses propos de toute espèce de coquetterie. Le regard planté dans le vôtre, elle répond sans cesse « présent », portée par une sorte d’énergie solaire bienfaisante et bienveillante.

© Studio Canal

© Studio Canal

De ce premier film, elle dit d’ailleurs qu’il est une chance tant pour Caroline Bottaro que pour elle : « Je suis persuadée qu’il va m’apporter beaucoup, […] car (Hélène, le personnage qu’elle joue, ndlr) c’est une personne qui a énormément de facettes. C’est une personne plutôt un peu fermée au départ […] mais son destin va devenir de plus en plus lumineux, et donc j’ai plusieurs visages dans ce film. Pour une actrice, c’est formidable ». De l’ombre à la lumière… Le parcours de l’héroïne de Joueuse dont la rencontre avec un joueur d’échecs va bouleverser la vie et celle de sa famille présente d’étranges similitudes avec celui-là même de l’actrice : « Moi, ça a été Pialat mon mentor. Moi, ça a été le cinéma, je n’avais pas d’initiation à tout ça, je viens d’un milieu modeste, ça a bousculé ma vie, celle des autres dans mon entourage ». Une ressemblance qui va même plus loin puisque, reconnait l’actrice, ce film est « plein de visages de personnages que j’ai joués ». Et d’énumérer A nos amours, Mademoiselle (Philippe Lioret, 2001), C’est la vie (Jean-Pierre Améris, 2001) ou encore La cérémonie (Claude Chabrol, 1995).

Un précipité qui n’induit pas pour autant de nostalgie même si elle avoue ressentir « un gros chagrin pour Pialat (décédé en 2003) ». « C’est comme de perdre un parent », poursuit-elle en ajoutant que « le cinéma de Pialat [lui] manque terriblement ». Il est le premier en tout cas à avoir repéré ce qui, film après film, allait s’imposer à chaque fois : l’authenticité. « Il disait que je pouvais interpréter n’importe quel personnage, on y croyait. Il y avait ce truc de l’identification. Il disait aussi que je pouvais jouer de toutes petites bonnes femmes, elles devenaient toutes grandes ». Dernier exemple en date, Hélène, femme de ménage et championne d’échecs. En revanche, si Hélène a dû travailler nuit et jour pour maîtriser l’échiquier, Sandrine Bonnaire, elle, ne se fie qu’à son instinct : « J’ai toujours fait comme ça, et je ferai toujours comme ça. Le travail intellectuel se fait avant, pendant la préparation. […] Mais au moment du plateau, je ne pense plus à rien. Le mot 'Action' veut d'ailleurs tout dire. Je fais en fonction de qui j’ai en face de moi, de comment il va jouer, en fonction du cadre. […] C’est ça notre travail, au plan par plan ».

Distribué par MK2 Diffusion

Distribué par MK2 Diffusion

Quant à la fraîcheur devant un rôle, « c’est ce qu’on aurait envie de conserver mais qui malheureusement vous file entre les doigts. C’est comme essayer de ne pas vieillir, c’est impossible », confesse-t-elle sans abdiquer néanmoins : « Il faut essayer de la conserver (cette virginité, ndlr) au maximum ». En revanche, ni les succès ni la notoriété n’ont tourneboulé la jeune femme qui ne fait pas ce métier « pour être connue mais pour être reconnue, dans le vrai sens du terme ». Elle n’a pas non plus oublié la règle que son premier agent ne cessait de lui répéter à ses débuts, à l’âge de 15 ans, quand il lui rappelait que « l’important, c’est de durer ». Le fait enfin d’avoir débarqué dans le cinéma, un peu par hasard et sans connaître les codes de cette profession, a sans doute également contribué à la « sauver », notamment en 1983, année où elle se voit remettre le César du meilleur espoir féminin pour son premier rôle au cinéma : « Je ne savais pas ce que c’était que les César. […]. Tout était une première fois pour moi, je ne savais pas que cela impliquait d’autres propositions, […], je me disais ‘Oh ben je suis contente, c’est moi qu’on a choisie !’ ».

Et qui ne va plus cesser d’être choisie. Plutôt d’ailleurs pour incarner des femmes indociles, le genre froncé et frondeur. « Pas ma faute », réplique-t-elle. « On est dépendant du désir des autres et donc on choisit en fonction de ce qui nous est proposé. […] Ce n’est pas moi qui me dis ‘je veux construire une carrière sur des filles rebelles, pas dociles’ ». Une exception toutefois, Félicité, l’héroïne d’Un cœur simple (Marion Laine, 2007), « une femme qui est dans le sacrifice » et que la docilité finira d’ailleurs par tuer. « Etre trop docile, ce n’est pas bien dans la vie. Par contre, j’adore voir des films sur le sacrifice […] peut-être parce que dans la vie justement, je ne serais pas capable de ça. […] Breaking the waves (de Lars von Trier, ndlr), je me souviens, j’avais chialé comme une madeleine ».

© Les Films du Paradoxe

© Les Films du Paradoxe

Quand la fiction rejoint la réalité… Est-ce justement parce qu’elle a son franc parler et une détermination que l’on devine plus proche du granit que du calcaire qu’elle a réalisé ce documentaire dédié à sa sœur autiste, Elle s’appelle Sabine, sorti l’an passé et accueilli avec succès tant par la critique que par le public. Ce film, en tout cas, elle le portait depuis très longtemps comme une souffrance, une blessure, une meurtrissure dont on ne cherche pas tant à se débarrasser qu’à partager. Au nom des siens et de tous ceux qui vivent pareil malheur : « J’ai fini par faire ce film pour témoigner pour beaucoup de gens […] quand on se rend compte qu’il y a la même maltraitance ailleurs, on se sent une utilité. Je connais le problème, j’ai des images, je vais m’orienter sur Sabine mais pour parler de la cause en général, pour être le messager de toutes ces familles qui sont dans le désarroi ».

Plus d’un an après la présentation du film, la douleur et le sentiment d’injustice percent toujours, intacts, dans les propos de l’actrice qui admet que Je m’appelle Sabine est arrivé au bon moment : « Je voulais le faire dès que Sabine a été internée mais c’est bien de l’avoir fait plus tard car ça aurait été un film trop sur la colère […] et c’était justement ce qu’il ne fallait pas faire ». Si elle se félicite de la réception du film auprès des médecins - elle donnera une conférence mi-septembre à l’Académie de médecine -, elle confie également sans détours que ce film l’a « libérée », elle, sa famille et Sabine qui, en s’investissant dans ce projet, s’est de nouveau sentie utile et, conclut-elle, « quand on se sent utile, on se sent bien ».

Et ce qui vaut pour l’une vaut pour l’autre car si l’aînée a redonné un projet à la petite sœur, cette dernière a poussé Sandrine Bonnaire à devenir réalisatrice. De là, toutefois, à envisager d’entamer une seconde carrière, derrière la caméra, Sandrine Bonnaire n’y songe pas forcément (même si elle travaille actuellement à un nouveau scénario) rappelant que « faire ce film, ce n’était pas ‘j’ai envie de faire un film’, du tout sinon j’aurais choisi un autre sujet. Non, c’était un besoin ». Et du reste le projet de fiction sur l’autisme qu’elle devait tourner avec son compagnon, le scénariste Guillaume Laurant, a été abandonné, « le documentaire a pris trop d’ampleur », explique-t-elle.

Même si certains journaux ont titré « Une cinéaste est née » au lendemain de la projection de son documentaire, c’est avec une simplicité décidément inaltérable qu’elle a accueilli le compliment. Comme un bonheur de plus. Ni plus ni moins. Et si elle constate - à une exception notable mais fort lointaine - être épargnée par la presse (« Les gens m’aiment bien, même les plus coriaces »), nous, personnellement, on ne s’étonne guère de cet état de grâce tant l’élégance de la dame inspire un seul commentaire : chapeau bas !

Sandrine Bonnaire et Maïté Maillé dans <em>A nos amours</em> réalisé par Maurice Pialat.© Gaumont

Sandrine Bonnaire et Maïté Maillé dans A nos amours réalisé par Maurice Pialat.
© Gaumont

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