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Santé

Soigner le paludisme pour moins d’un dollar

par Dominique Raizon

Article publié le 28/02/2007 Dernière mise à jour le 28/02/2007 à 18:50 TU

Dans la main gauche de l'enfant, le comprimé unique ASAQ à prendre quotidiennement, contre 4 comprimés journaliers à prendre actuellement.(Source: DNDI)

Dans la main gauche de l'enfant, le comprimé unique ASAQ à prendre quotidiennement, contre 4 comprimés journaliers à prendre actuellement.
(Source: DNDI)

Grâce à un financement inédit public-privé, l’Asaq, nouveau traitement contre le paludisme (ou malaria), une maladie parasitaire qui tue plusieurs millions de personnes par an, sera commercialisé sans brevet, à prix coûtant. Le nouveau produit, combinant deux molécules réunies dans un seul comprimé (contre quatre aujourd’hui), coûtera moins de 1 dollar la boîte pour l’adulte, et moins de 0,50 cents pour l’enfant.

L’Asaq ? Un nouveau remède contre le paludisme, bien toléré, qui présente le double avantage de combiner avec efficacité, en un seul comprimé chimiquement stable, deux molécules associées (l’artésunate et l’amodiaquine), et de ne pas être trop cher -ou, du moins, d’être financièrement plus accessible par les pays qui sont, à la fois, les plus touchés et les plus démunis. Ce médicament est lancé par la fondation Drugs for neglected diseases (*), «Initiative médicaments pour les maladies négligées» (DNDi) , en partenariat avec le laboratoire pharmaceutique Sanofi-Aventis. Ce laboratoire, qui a développé la production à l’échelle industrielle, a renoncé à ses droits de propriété intellectuelle. Le médicament n’étant pas couvert par un brevet, les pays directement concernés pourront donc, ainsi, satisfaire les soins primaires de la population en commercialisant le produit au prix coûtant.

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(Source: DNDI)

L’utilisation du médicament est extrêmement simple, afin que le patient puisse facilement respecter le traitement. La posologie est limitée à 2 comprimés par jour pendant 3 jours pour un adulte, au lieu de 8 comprimés par jour, et à 1 comprimé par jour pendant 3 jours, pour un nourrisson. Le comprimé étant facilement soluble dans l’eau, la prise devrait être facilitée pour les enfants. 

 

Eviter les complications graves et mortelles   

L’arrivée de l’Asaq devrait donc permettre d’accroître la prise en charge rapide des malades pour leur éviter les risques de complications graves et mortelles en attendant la mise au point d’un vaccin qui, à lui seul, ne suffira pas à vaincre le paludisme. «Adapté, simple, accessible et de qualité», ce médicament, qui répond aux critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), devrait constituer une réponse partielle au fléau qui tue, actuellement, en Afrique, un enfant toutes les 30 secondes et près de trois millions de personnes par an, selon les chiffres de l’OMS. Toujours d’après les mêmes sources, cette parasitose tropicale concerne deux milliards d’individus sur la planète (soit 40% de la population mondiale), et touche une centaine de pays dans le monde - d’Asie et d’Amérique Latine et particulièrement ceux d’Afrique subsaharienne, une région du globe qui concerne à elle seule 90% des cas recensés.

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(Source: DNDI)

Le quotidien Le Monde a titré «L’Asaq, la pilule qui bouscule l’industrie pharmaceutique». Et pour cause. De fait, le paludisme s’étendant principalement aux pays en voie de développement, les laboratoires de l’industrie pharmaceutique occidentale ne se préoccupent guère des maladies financièrement peu rentables, pour lesquelles les malades ne peuvent pas se payer les médicaments. L’Afrique de l’Ouest, la plus pauvre, n’a en effet pas les moyens de se tourner financièrement vers des traitements efficaces mais onéreux comme l’ACT (artemisinin-based combination therapy : «combinaison à base d’artémisinine», extraite d’une plante asiatique, l’armoise chinoise). Et, pour les mêmes raisons de pauvreté, les pays les plus touchés n’ont ni les moyens technologiques ni les moyens économiques de développer, dans leur propre pays, une réelle recherche médicale.

La santé pour tous = non exclusivité des soins

La mise au point de ce nouveau médicament, Asaq, a été réalisée grâce à un partenariat international regroupant des financements publics gouvernementaux britanniques, français et néerlandais, des ressources reçues de l’Union européenne, de la Suisse et de l’Italie, ainsi que par des fonds privés, pour l’essentiel en provenance de l’ONG Médecins sans frontières. Largement engagée dans la défense du droit fondamental d’accès à la santé pour tous, MSF avait imaginé, dès 1999, de braver les règles habituelles de l’industrie pharmaceutique, et c’est à son initiative que, en 2003, la fondation, baptisée Drugs for neglected diseases («Initiative Médicaments pour les maladies négligées» (DNDi) a vu le jour. De son côté, l’OMS a fondé, en 2001, un Fonds mondial pour lutter contre la malaria (mais aussi contre le sida et la tuberculose). Et, depuis 2003, la fondation Bill et Melinda Gates a également versé plusieurs centaines de millions de dollars, entre autre à la fondation Malaria vaccine initiative («Initiative pour la vaccination contre la Malaria»), pour lutter contre la parasitose tropicale la plus répandue au monde.

Ceci étant, l’Asaq ne va pas tout résoudre. Il ne s’agit pas d’un traitement préventif du paludisme mais d'un traitement curatif. Le paludisme se joue entre trois acteurs, le parasite agent de la maladie, un protozoaire qui séjourne dans les marais, l’insecte vecteur de la transmission, un moustique -l’anophèle femelle- elle-même infectée après avoir piqué un homme impaludé, et l’homme qui est l’hôte intermédiaire du parasite. A partir de ces données, les moyens de lutte existants sont, d'une part, les médicaments antipaludiques destinés aux personnes déjà infectées -les plus connus étant la chloroquine et la quinine- et, d'autre part, la lutte contre les moustiques, soit en asséchant les marais où ils prolifèrent soit en démoustiquant les zones d’endémie. Problème : depuis plusieurs années les parasites développent de plus en plus de résistance aux médicaments et les moustiques, aux insecticides.

(*) Créée en 2003, à l’initiative de Médecins sans frontières (MSF), la Fondation Initiative Médicaments pour les maladies négligées (DNDi ) regroupe différentes ONG, des fondations privées, des universités publiques et des agences de l’Onu.

Bernard Pécoul

Directeur général de la DNDi (Initiative pour des médicaments pour les maladies négligées)

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