Editorial sports
Ce sera, à coup sûr, un des événements du mois : le 26 janvier à Düsseldorf, l’Union européenne de Football procèdera à l’élection de son président. Face à face le tenant du fauteuil depuis seize ans, le Suédois Lennart Johansson et son challenger, le Français Michel Platini qu’on ne présente plus. Une élection à laquelle participeront les 52 pays membres de l’UEFA. Chacun a avancé ses pions, mené campagne. La bataille est rude même si elle n’est pas toujours très visible.
Ce sont les élections dont tout le monde du football parle. Attendues depuis longtemps. La campagne est féroce même si elle ne s’étale pas sur les places publiques. Car ce ne sont pas les sondages qui font le résultat du scrutin. Les grands électeurs se comptent cinquante-deux, pas un de plus, et ce sont ceux-là et ceux-là seuls qu’il faut séduire et convaincre. L’issue est incertaine, chacun des deux candidats étant convaincu de tenir le bon bout. C’est un peu la règle.
Lennart Johansson est Suédois. Il occupe la fonction depuis 1990, ce qui est un gage de stabilité. Avec lui pas de risque de bouleversement. Si changements il doit y avoir, ils se feront en douceur. Son seul handicap, son âge. Il a 77 ans.
Michel Platini, le challenger, ancien joueur de Saint-Etienne et de la Juventus de Turin, ancien sélectionneur de l’équipe de France, pourrait, à 51 ans, être son fils. Mais ne voir dans ce duel qu’une simple querelle entre anciens et modernes serait une erreur.
Johansson est le candidat qui rassure, qui sécurise les barons du football européen. Ce n’est pas pour rien qu’il peut compter sur l’appui de ses vice-présidents qui doivent, secrètement, rêver chacun de prendre un jour le pouvoir. Peut-être a-t-il également l’aval des grands clubs qui font la loi en Europe, les dix-huit réunis dans le fameux G-14 qui profitent abondamment des largesses du système actuel.
«Je ne suis pas le candidat de la rupture», clame Platini. A y regarder de plus près, il entend pourtant bousculer certaines règles établies. Que dit-il ? Le football appartient aux joueurs et aux supporteurs. Le football a besoin d’une régulation, d’une convention collective, d’une charte européenne. Michel Platini préconise aussi une refonte de la Ligue des champions avec une limitation à trois des clubs d’un même pays. Cela vise l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie qui en ont droit à quatre. Ces trois-là, c’est sûr, ne voteront pas Platini. Le Français n’est ni conservateur, ni révolutionnaire. Mais pour certains des électeurs, ce qu’il propose c’est la révolution. Il le sait : les puissants voteront Johansson. Il tente donc de rallier à lui les suffrages des plus faibles qu’il est allé voir les uns après les autres.
Cette élection sportive est très intéressante. Parce qu’elle oppose un dirigeant installé à un ancien grand joueur. La notoriété du deuxième pourrait lui valoir un a priori favorable. Erreur car les anciens champions ont toujours fait peur dans les instances sportives internationales qui leur reprochent d’abord d’être les adeptes de changements systématiques. On ne gouverne pas une administration avec une poitrine bardée de médailles. La confusion des genres a du mal à passer. Il ne s’agit pas du suffrage universel mais du vote de quelques-uns. Les données sont très différentes. La popularité ne sert à rien. Ne compte que l’efficacité. Et chacun a de l’efficacité sa propre définition.
par Gérard Dreyfus
[06/01/2007]
Editorial sports : les précédent(e)s
[29/12/2007]
[22/12/2007]
[15/12/2007]
[08/12/2007]
[01/12/2007]
Les derniers éditos et chroniques (texte)
[19/01/2009]
[15/11/2008]
[21/12/2008]