par Danielle Birck
Article publié le 12/06/2009 Dernière mise à jour le 15/06/2009 à 12:55 TU
Une époque qui a aussi permis à Francis Gruber de côtoyer les plus grands : Braque, Picasso, Giacometti, Balthus … dont certains deviendront des amis, et dont l’influence se fera sentir dans certains oeuvres. Comme par exemple celle de Balthus dans la série Le Lit rouge. En fait, plus que d’influence il faudrait parler d’esprit d’ouverture, qui au delà de son attachement indéfectible à la figuration, le fait se confronter à des expériences artistiques diverses, comme en témoignent les 70 œuvres exposées, portraits, nus, paysages, compositions allégoriques.
Des œuvres qui puisent aussi dans la tradition des maîtres anciens des écoles du Nord, Bosch, Grünewald ou le peintre et graveur Dürer, et bien sûr Jacques Callot, le célèbre graveur et dessinateur lorrain, de la première moitié du XVIIe siècle, auteur entre autres des Gueux et des Misères de la guerre. Cette dernière est une œuvre de résistance à l’invasion de la Lorraine, qu’il réalise après avoir refusé d’exécuter Le siège de Nancy demandé par le roi…
C’est aussi un acte de résistance que signe Francis Gruber avec cet Hommage à Jacques Callot qu’il peint en 1942, pour une exposition dans une galerie parisienne où trente peintres avaient réalisé chacun un tableau évoquant leur maître de prédilection. Derrière l’hommage respectueux au graveur, avec la représentation fidèle du « mendiant à la jambe de bois », issue de la série Les Gueux, il y a l’expression de la haine et de la souffrance infligées par la guerre. La censure allemande fera ôter du tableau, avant le vernissage, un bouquet tricolore que brandissait le personnage central. Mais l’occupant nazi, dont un aigle aux serres aiguisées symbolise très certainement l’étouffante présence, ne sera pas en mesure de déceler l’intensité de la charge et les allusions contenues dans ce « tableau manifeste ». Par exemple, le fait qu’un Charles peut en cacher un autre : le Charles de Lorraine, lésé par Louis XIII et Louis XIV, n’évoquerait-il pas Charles de Gaulle ?
C’est sa manière à lui de résister, car pendant la guerre, malade, Francis Gruber restera bloqué à Paris, tandis que ses camarades rejoignent la résistance ou fuient la capitale. Un isolement dont il souffre terriblement, car il est engagé depuis les années 1930, notamment au sein de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires puis de la Maison de la culture, et après guerre sera adhérent, comme nombre d’artistes de sa génération, du Parti communiste français. Ce qui lui valut « d’être assimilé aux artistes qui de Boris Taslittzky à Fougeron, allaient bientôt former sous la houlette de Louis Aragon les cohortes du Réalisme socialiste français », écrit Daniel Abadie dans le catalogue de l’exposition. Ce qui explique que reconnue et exposée avant guerre, l’œuvre de Francis Gruber ait subi ensuite une sorte d’éclipse, en dépit de son originalité et de sa force.
Cette rétrospective au Musée des Beaux arts de Nancy est donc la bienvenue. Elle sera ensuite accueillie, du 19 septembre au 31 décembre 2009, au musée Roger-Quillot de Clermond-Ferrand.
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