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Paris-Rome

Pascal Gautrand : pensionnaire «mode» de la Villa Médicis

par Danielle Birck

Article publié le 30/01/2009 Dernière mise à jour le 02/02/2009 à 09:22 TU

Autoportrait.(Photo : Pascal Gautrand)

Autoportrait.
(Photo : Pascal Gautrand)

A 34 ans, il est le premier « designer mode » admis depuis octobre 2008 et pour un an en résidence à la prestigieuse Villa Médicis, siège de l’Académie de France à Rome. Un séjour que Pascal Gautrand souhaite mettre à profit pour poursuivre la réflexion qu’il mène depuis une dizaine d’années sur le vêtement et le système de la mode, sur le paradoxe que constitue la production en série de ce qui est censé exprimer pour chacun son individualité. Une réflexion qu’il met en scène avec une exposition de chemises, présentée à Rome dans une galerie d’art contemporain du 1er au 20 février.

Série de rayures.(Photo : Pascal Gautrand)

Série de rayures.
(Photo : Pascal Gautrand)

When in Rome, do as Romans do  (A Rome, fais comme les Romains) : c’est le titre de cette exposition et c’est aussi exactement ce qu’a fait Pascal Gautrand en demandant aux artisans romains, à ces « tailleurs » travaillant dans les sartorie du centre de Rome, ces « ateliers » de fabrication de vêtements sur mesure, de  « copier » une banale chemise d’homme en y ajoutant leur propre touche. « J’ai choisi une chemise d’homme, fabriquée par une grande chaîne mondiale et distribuée dans le monde entier à je ne sais combien de milliers d’exemplaires. L’idée étant d’obtenir 30 exemplaires, des copies qui redeviennent des  originaux. Car si elles se ressemblent toutes, elles ont chacune leur particularité, leur identité, celle de l’atelier ou du tailleur, du sarto, qui l’a mise au point sur mesure, à mes mesures, pour l’exposition ».

Système de mode : marketing et image

Un projet qui permet à Pascal Gautrand de matérialiser, « mettre en scène », comme il dit, sa réflexion sur la mode, le « système » actuel de la mode. Un système « basé sur le marketing et sur l’image: image de marque, image des défilés, des magazines de la publicité, l’image de toutes les muses, des tapis rouges hollywoodiens,  qui composent l’imaginaire de la mode aujourd’hui ». Et, pour le designer, « la mode a besoin d’une réflexion qui puisse se développer dans des conditions de neutralité par rapport au marché ».

Série d'épaules.(Photo : Pascal Gautrand)

Série d'épaules.
(Photo : Pascal Gautrand)

Pour mener à bien cette réflexion, Pascal Gautrand a complété ses études en conception et création textile à l’Institut supérieur des Arts appliqués (ESAAT) de Roubaix, par une année de cursus en management à l’Institut français de la mode. « Je pensais que j’avais un assez bon panorama de la  création et de la production, explique-t-il, mais il me manquait tout un pan autour du marketing, de la commercialisation, du système de la mode au-delà du vêtement créé, mais qui sert à la réflexion du créateur, du designer, du styliste, pour justement au moins comprendre toutes ces notions de marketing et de commerce ». Une année « d’une extrême richesse » par la diversité des gens rencontrés.

Echanges et rencontres qui ont continué à nourrir sa réflexion au cours des dix dernières années de travail en free lance pour l’IFM, ce qui lui a permis de « rester en contact, et à tous les  niveaux avec le système de la mode : luxe et grande distribution, création, marketing …». Un travail qui l’a mené sur le terrain de l’image, du graphisme et de la vidéo – des supports qu’il met d’ailleurs à profit dans l’exposition romaine. Parallèlement, il a développé des projets plus personnels, comme la création d’une marque de prêt-à-porter, Label XVI.

Le paradoxe du vêtement 

Alors, si  Rome est, avec Paris, la seule capitale au monde où l’on présente des collections de haute couture deux fois par an depuis les années 1950, c’est aussi celle où, avec les sartorias, se perpétue la « transmission de père en fils d’un métier, d’un amour du métier, d’un savoir-faire, de beaucoup de savoir-faire parce que chaque atelier a ses secrets ». Bref,  un « système » en dehors de celui de la mode actuelle, qui redonne sa « valeur intrinsèque et paradoxale » au vêtement, cet « objet le plus banal dans sa production en série et en même temps le plus proche de notre intimité, pour exprimer ce que l’on est au fond de soi, comment on se sent, comment on a envie d’être, etc. ». Un objet aussi qui va permettre à d’autres de nous identifier, nous « cataloguer » par rapport à un groupe, à un type de personne, « pas forcément comme on est réellement, intérieurement ».

Série de poignets.(Photo : Pascal Gautrand)

Série de poignets.
(Photo : Pascal Gautrand)

D’où la tentation de « réconcilier » en quelque sorte le prêt-à-porter et le sur mesure, le multiple et l’unique : « Cela fait une dizaine d’années que j’essaye de développer en série des pièces uniques », avoue Pascal Gautrand.

C’est tout l’enjeu de l’exposition à la Galleria Valentina Moncada, à Rome avec cette trentaine de chemises revisitées par les artisans « qui ont été très touchés par ce projet, par cette idée de mettre en valeur, non pas l’apparence du vêtement, c’est-à-dire son style, ses qualités de design esthétique, mais des choses beaucoup plus subtiles, invisibles, qui font pourtant partie de leur quotidien, de leur expérience, de leur savoir faire et de leur identité ». Bref, « une série de très, très belles rencontres »… 


Car ces 30 chemises, qui correspondent aux trois quarts des sartorias contactées  par Pascal Gautrand pour son projet, « représentent de manière très complète  l’éventail de ce qu’il est possible de trouver en matière de sur mesure à Rome, du tout petit atelier où travaillent trois personnes, jusqu’aux ateliers ‘ historiques’ , comme Battistoni, véritable institution à Rome, dans la via Condotti où se trouvent aussi toutes les grandes enseignes mondiales de prêt-à-porter ».  Et de mentionner que le peintre Balthus, qui fut directeur de l’Académie de France, ainsi que le poète Jean Cocteau, en leur temps se fournirent en chemises chez Battistoni…

Essayage chez Battistoni.(Photo : Francesca Paola Dodi)

Essayage chez Battistoni.
(Photo : Francesca Paola Dodi)


Réfléchir et transmettre

Arrivé à la Villa Médicis en octobre 2008 pour un an, Pascal Gautrand a bien sûr un autre projet,  « un projet double », précise-t-il. Il s’agit de « monter un petit système de mode à l’intérieur de la Villa… c’est-à-dire un processus qui donnerait lieu  à des créations de mode, mais aussi à leur diffusion ». Il s’explique : « J’ai donc commencé une collecte de vêtements auprès de toutes les personnes qui vivent  et travaillent ici (18 pensionnaires et une quarantaine de personnes), et à partir de cette matière première je voudrais recréer des objets qui ne seront pas forcément des vêtements, pour donner lieu, dans les murs de la Villa, à une création mais aussi à une réflexion… Car vraiment, conclut-il,  pendant cette année, je souhaite mettre à profit tout mon temps pour développer ma réflexion et des pratiques qui vont m’aider à transmettre mes idées ». 

Une dernière précision, pour planter le décor du séjour romain de Pascal Gautrand, il a  « la chance d’avoir un studio dans le bâtiment principal de la Villa, au bout de l’aile qui fait une avancée dans les jardins » et de ses trois fenêtres de l’étage supérieur, au dessus de la bibliothèque de  l’Académie de France,  il a vue sur le piazzale et la façade sculptée de la Villa Médicis…

DR

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portrait

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