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L’amour selon le pape

Le premier grand texte du pape commence par une réflexion d’ordre théorique sur le fondement divin de l’amour.(Photo : AFP)
Le premier grand texte du pape commence par une réflexion d’ordre théorique sur le fondement divin de l’amour.
(Photo : AFP)
Pour sa première encyclique, le pape Benoît XVI a choisi de parler d’amour. «Deus caritas est», «Dieu est amour» : c’est le titre de ce document rendu publique mercredi matin au Vatican. Le pape Ratzinger y parle sans frilosité du rapport entre Dieu, l’homme et l’amour. Il invite les chrétiens à être plus disponibles à l’égard de leur prochain.

De notre correspondant au Vatican

Une quarantaine de pages à peine. Un style plus concis que celui de son prédécesseur. Un thème qui surprendra sûrement ceux qui s’attendaient à un document plus rigide de la part du pape Ratzinger. La première encyclique de Benoît XVI parle d’amour. Amour physique, amour spirituel. Aucune dimension n’est éludée. Pour le pape, l’amour de Dieu et l’amour du prochain «sont inséparables». Il ajoute même : «c’est un unique commandement». De la première à la dernière ligne de «Deus caritas est», tout se tient dans une sorte d’explication de cette unité.

Pourquoi parler d’amour ? Benoît XVI l’explique d’entrée. «Dans un monde où l’on associe parfois la vengeance au nom de Dieu, ou même le devoir de la haine et de la violence, c’est un message qui a une grande actualité». Articulé en deux parties et 40 paragraphes, le premier grand texte du pape commence par une réflexion d’ordre théorique sur le fondement divin de l’amour. Un terme «devenu aujourd’hui un des mots les plus utilisés et aussi un des plus galvaudés». Benoît XVI parle ainsi de l’union des corps et des âmes comme d’une «promesse de bonheur qui semble irrésistible», il reprend les deux termes utilisés par les Grecs, Eros et Agapè, pour affirmer qu’ils sont inséparables. Le pape Ratzinger reconnaît qu’il y a toujours eu des tendances au sein de l’Eglise «adversaires de la corporéité». Mais la façon d’exalter le corps comme c’est le cas aujourd’hui est selon lui trompeuse. «L’éros rabaissé simplement au sexe devient une marchandise ; plus encore, l’homme devient une marchandise». Et le pape d’ajouter un peu plus loin : «l’amour est extase, mais non pas extase dans le sens d’un moment d’ivresse, mais extase comme chemin». Chemin vers Dieu.

Remobiliser les catholiques autour d’une identité positive

La seconde partie de cette encyclique, moins ardue, parle de l’amour envers le prochain, de ce que l’Eglise a toujours appelé la charité. Contre la lecture marxiste accusant la charité de léser, indirectement, le droit et la justice, Benoît XVI s’attarde sur le sens chrétien du partage. Il ne s’agit pas, pour l’Eglise, de faire simplement œuvre d’action sociale, comme si elle était une ONG comme une autre. «Les êtres humains ont toujours besoin de quelques chose de plus que de soins techniquement corrects. Ils ont besoin d’humanité, de l’attention du cœur». Le pape d’insister sur les limites de l’action d’un Etat qui prétendrait tout régenter en matière d’assistance. «L’Etat qui veut pourvoir à tout, qui absorbe tout en lui, devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut assurer l’essentiel dont l’homme souffrant –tout homme- a besoin : le dévouement personnel plein d’amour». Pour autant, Benoît XVI affirme que l’activité caritative de l’Eglise doit être indépendante «de partis et d’idéologies», que l’Eglise ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique ou se mettre à la place de l’Etat. Elle n’en tient pas moins «à son indépendance» et à sa «vie communautaire».

Amour divin, amour humain. En lisant l’encyclique de Benoît XVI, le lecteur ne peut qu’être frappé par la volonté manifeste du pape de livrer une réflexion organique, soudée, du concept d’amour dans une perspective chrétienne. Une unité qui a pour but de remobiliser les catholiques autour d’une identité positive, sans les rappels à l’ordre auxquels la cardinal Ratzinger avait habitué ses ouailles. L’amour de Dieu pour les hommes et des hommes pour Dieu, de l’homme pour l’homme, de l’homme pour le prochain : tout se tient pour Benoît XVI, qui invite les fidèles laïcs à un «devoir immédiat» : «agir pour un ordre juste dans la société» à une époque qui exige une nouvelle disponibilité. Sans jamais imposer aux autres la foi de l’Eglise, précise même le pape qui, pour sa première encyclique, brosse ainsi une sorte d’éloge de l’identité chrétienne, sans crispation.


par Laurent  Morino

Article publié le 25/01/2006 Dernière mise à jour le 25/01/2006 à 19:04 TU

Audio

Vincent Cabanac

Directeur de la documentation catholique

«Pour Benoît XVI la foi chrétienne se manifeste dans un être, dans une façon de se comporter dans sa dimension spirituelle mais aussi dans sa relation entre les hommes et les femmes.»

[25/01/2006]

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