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Tchad

Déby attaque la rébellion constituée de son ancienne garde rapprochée

Soldats tchadiens. La victoire remportée à Hadjer Marfaïn pourrait annoncer la réforme de l’armée qualifiée bien souvent de clanique.(Photo: AFP)
Soldats tchadiens. La victoire remportée à Hadjer Marfaïn pourrait annoncer la réforme de l’armée qualifiée bien souvent de clanique.
(Photo: AFP)
Après plusieurs mois de statu quo, Idriss Déby Itno a décidé de lancer l’assaut contre les rebelles du Scud, mouvement composé d’officiers de son ancienne garde rapprochée. Cette victoire de l’armée tchadienne devrait être enfin le prélude à une véritable réforme de l’armée qualifiée bien souvent de clanique. Dans une interview accordée aux journalistes à Adré, à l’est du Tchad, le président Déby a une fois de plus accusé le Soudan d’être derrière ces tentatives de destabilisation.

De notre correspondante au Tchad

Plusieurs heures de Toyota sur une piste très sinueuse et escarpée pour arriver sur les lieux des combats de lundi dernier qui ont opposé l’armée tchadienne et les rebelles du Scud (Socle pour le changement, l’unité et la démocratie). En présence du ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, le colonel Bichara Issa Djadallah, et le ministre de l’Administration du territoire, le général de brigade Mahamat Ali Abdallah, une dizaine de journalistes ont été conviés par la présidence à constater les stigmates des affrontements et témoigner que le territoire est bien contrôlé par l’armée, les rebelles ayant été boutés hors du Tchad.

Pendant 48 heures en effet, l’incertitude a prévalu sur l’issue de l’assaut lancé par l’armée tchadienne dans la matinée du lundi 20 mars. A coup de communiqués et de bilans, les rebelles annonçaient une victoire, tandis que le gouvernement tchadien maintenait un silence radio total. Quelques cadavres ont été laissés ça et là, des chaussures et des véhicules calcinés dans cet immense ouadi rocailleux entouré des montagnes du massif d’Hadjer Marfaïne, qui matérialise la frontière avec le Soudan. Des combats de haute intensité et « d’une rare violence », selon plusieurs soldats, ont duré de 10 heures à 17 heures. Cent-cinquante hommes d’un côté et 300 de l’autre sont venus prendre en tenaille les rebelles installés depuis deux jours côté Tchad, nous explique le chef des opérations et chef d’état major de l’armée de terre, Abakar Itno, le neveu du président Déby. Les autorités de Khartoum avaient en effet demandé à ces rebelles de quitter le territoire soudanais dans le cadre des accords signés avec le Tchad à Tripoli fin février.

Déby accuse le Soudan

Après le coup d’Etat raté du 14 mars, le président tchadien a donc décidé d’en découdre avec ses parents, les officiers de son ex-garde rapprochée qui ont successivement déserté depuis octobre dernier, date de la création du Scud. « Depuis deux ans, nous avons connu successivement six coups d’Etat et, depuis 2005, des désertions en masse », reconnaît le président Déby dans une interview qu’il a accordé à la presse à Adré jeudi. Mais selon lui, derrière ces Tchadiens, il y a une fois de plus « la main du Soudan qui a violé plusieurs fois l’accord signé il y a plus d’un mois en Libye ».

A cette occasion, il en a appelé à l’Union africaine, mais également au Guide libyen pour continuer les médiations auprès du Soudan. Depuis quelques temps en effet, la Libye joue un rôle important, à la fois auprès des rebelles de la communauté arabe, pour tenter de les amener à négocier avec N’djaména, et auprès de Khartoum. Les intérêts du Tchad et de la Libye convergent ponctuellement, le but de Kadhafi étant notamment d’éviter que la situation ne s’envenime au Darfour et que les forces onusiennes soient déployées à la place de l’Union africaine.

La présidentielle en ligne de mire

Au-delà de ces accusations, cette victoire de l’armée tchadienne à Hadjer Marfaïn a suscité des espoirs pour initier des mesures radicales au sein de l’armée, considérée comme clanique. Le président Déby a enfin décidé de s’attaquer aux membres de la communauté zaghawa qui l’avaient trahi, au risque d’entraîner des représailles et des vendettas. Chez les Zaghawas, en effet, verser le sang a des conséquences très graves et pour plusieurs années. « Même si les rebelles sont battus, il reste toujours un péril au sein de la garde rapprochée du président, parmi ses proches. Le péril du coup d’Etat peut surgir à nouveau », note un général de l’armée. Si le président Déby annonce par cette victoire « la fin des aventures », reste à mettre en place une véritable réforme de l’armée, composée d’une pléthore d’officiers supérieurs, qu’il faut parvenir à déclasser, à démobiliser pour les réinsérer ailleurs. Après des années de confort et de privilèges, ces réformes sont actuellement un défi immense pour un Etat déjà en proie à une grave crise sociale et dans le cadre d’un dialogue totalement bloqué avec l’opposition.

A cinq semaines de l’élection présidentielle, prévue le 3 mai, le président Déby est en effet le seul candidat sérieux. En face de lui, quelques opposants ralliés au MPS (Mouvement patriotique du salut, présidentiel) se présentent. « Le président a trouvé des candidats prétextes pour légitimer le scrutin », note Ngarlédjy Yorongar, plusieurs fois candidat en 1996 et en 2001, mais qui, cette fois, prône le boycott. Malgré les multiples tentatives de médiation de la communauté internationale pour rétablir le dialogue entre l’opposition et le gouvernement, aucun chef de parti d’envergure ne s’est manifesté vendredi à minuit, heure de clôture du dépôt des candidatures.


par Stéphanie  Braquehais

Article publié le 25/03/2006 Dernière mise à jour le 25/03/2006 à 12:53 TU