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Afrique : chemins clandestins vers l’Europe

Ghana : 500 euros pour rejoindre Gao ou Agadez

Le Ghana comme tous les pays de la sous-région est le théâtre de départs réguliers de candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe. Notre envoyé spécial les a accompagnés. Son carnet de route.

De notre envoyé spécial au Ghana

Je débarque à Accra, la capitale Ghanéenne. Accra ? c'est l'une des capitales les plus propres de la sous-région. A Accra, nous étanchons une soif, dans un petit bistrot, non loin de Galaxy International School, située à côté de l'ambassade de la République islamique d'Iran et du centre culturel libyen. C'est un quartier chic. Notre interlocuteur nous conduit plus au sud de la ville, à une station de lavage de véhicules, en face de l'Alliance française. C’est la ramification locale d'un réseau nigérian spécialisé dans l'organisation de l'émigration clandestine de subsahariens vers l'Europe.

L'un des chefs du réseau local est désespérément muet. Il avale un met local très épicé : des escargots de la taille d’un poing ornent son assiette. Il ne veut par parler. Il est en colère -on l'apprendra plus tard- contre l’ami qui nous a conduit à lui. Après négociation, il retrouve la parole : « On fait notre travail. Moi, je ne m'occupe pas des passeports trafiqués. Je regroupe les gens, je les fais conduire au Togo, pour rejoindre le groupe qui attend là-bas, un point c'est tout ».

Comment recrute-t-on ici les candidats ? Combien payent- ils ? Réponses évasives. En fait, d'après nos recoupements, ici, à Accra, le recrutement des candidats se fait de bouche à oreille. Dans des bus, dans des quartiers populaires, des rabatteurs, vantent les bienfaits de l'Europe, ou de la filière, toujours avec un leitmotiv : « avec nous c'est sûr d'arriver à bon port ».

Les candidats au départ se regroupent derrière le QG de la police

Non loin d'un hôpital de la ville, une famille d'enseignants. Plus de nouvelles de leur fils depuis dix mois. Il est allé tenter sa chance. Vivant ? Mort ? Pas de nouvelles, bonne nouvelle. La mère est optimiste. Son fils est vivant, elle en est convaincue, et bientôt il donnera signe de vie.

Les départs groupés d'Accra se font généralement de la petite gare située au sud du QG de la police nationale, à l'angle de Rong road. Un matin, alors que le soleil joue au paresseux en refusant de se lever comme d'habitude, un mini bus prend la direction de l'autoroute qui mène d'Accra vers Lomé, la capitale togolaise. Ils sont 26 à bord (20 hommes, et 5 femmes dont l'une a son enfant sur les genoux). Chacun a déboursé au réseau local des passeurs, un premier versement de 500 euros. La route est plutôt clémente, malgré deux crevaisons. A la troisième, plus de roue de secours. L'apprenti fera une dizaine de kilomètres en poussant deux roues crevées. Il reviendra gonflé à bloc comme les deux pneus. La passagère avec son enfant termine son histoire entre-temps. Son mari est en route depuis six mois pour l'Europe, par le même canal. Il a échoué entre l'Algérie et le Maroc. Il l'attend là-bas. Alors elle se dépêche. Elle a appris qu'avec un enfant, il est « plus facile » de franchir les barrières.

Le policier ferme les yeux moyennant quelques billets

Dix minutes après le redémarrage du véhicule, un policier ghanéen, flottant dans son pantalon, siffle. Le chauffeur et le passeur descendent. Délestés par le flic de quelques billets de banque, ils reviennent. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, c’est la ville ghanéenne d’Aflao qui se dresse. Frontière entre le Ghana et le Togo. Les passagers descendent, et franchissent à pied la barrière. Un jeu d'enfants. Ils sont au Togo. Là, d'autres candidats à l'émigration clandestine en Europe attendent. Le passeur change de puce téléphonique. Il appelle un correspondant au Burkina Faso et un autre au Niger.

Dans quelques jours, le groupe prendra la direction du nord du Togo. Certains seront dirigés vers le Burkina Faso, avant de regagner la ville malienne de Gao ; d'autres traverseront le nord du Bénin, avant d’atteindre Agadez au Niger. Agadez, Gao, deux des principales villes de transit des passagers qui y feront une halte plus ou moins longue avant d'entamer la phase la plus difficile du chemin.

par Serge  Daniel

Article publié le 27/04/2006 Dernière mise à jour le 27/04/2006 à 16:10 TU