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Angoulême, aux sources du papier

par Danielle Birck

Article publié le 28/01/2008 Dernière mise à jour le 04/02/2008 à 19:46 TU

Couverture de ramette de papier de correspondance.Collection Musée du Papier d'Angoulême.

Couverture de ramette de papier de correspondance.
Collection Musée du Papier d'Angoulême.

Si la bande dessinée et l’image sont devenus les domaines d’excellence de la ville d’Angoulême, celle-ci a longtemps excellé dans un autre domaine, celui de la fabrication du papier.

Le Musée du Papier "Le Nil", sur la Charente, témoigne de cette période faste de la papeterie angoumoise, tandis que le Moulin du Verger  à Puymoyen perpétue jusqu’à aujourd’hui la fabrication traditionnelle "feuille à feuille" du papier.

C’est dans le quartier de Saint-Cybiard, au pied des remparts et sur un bras de la Charente, qu’est installé le Musée du Papier « Le Nil ». Si le quartier doit son nom à une ancienne abbaye, le musée doit le sien à l’ancienne papeterie, spécialisée dans le papier à cigarette, dont il occupe une partie des bâtiments - l’autre partie abritant l’Ecole européenne supérieure de l’image. Se trouvent ainsi réunis, dans un même ensemble architectural, le passé et le présent d’Angoulême.

Un condensé d’histoire industrielle

Un ensemble qui a été entièrement réhabilité en conservant la façade et la cheminée de l’ancienne usine. Si l’on y ajoute, sur l’autre rive de la Charente, les anciens chais du XIXe siècle qui s’apprêtent à accueillir le musée de la BD, et à l’opposé, de l’autre côté de la route, l’ancienne brasserie dans laquelle s’est installé le Centre national de la BD et de l’image, on a un résumé de l’intense activité manufacturière et commerciale qui, dès la fin du XVIIIe siècle, s’est implantée sur ce site. « En haut la Noblesse et le Pouvoir, en bas le Commerce et l’Argent », écrit  Balzac dans son roman Illusions Perdues. Un siècle et quelques décennies plus tard, le chauffeur de taxi qui nous redescend du centre ville, le  « plateau », à la gare  ne dira pas autre chose : « Là-haut les bourgeois, en bas les autres » …

Musée du Papier « Le Nil » et l'Ecole européenne supérieure de l'image (Photo : Danielle Birck/ RFI)

Musée du Papier « Le Nil » et l'Ecole européenne supérieure de l'image
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

En bas, au Musée « le Nil », où Denis Peaucelle, conservateur du patrimoine venu au papier « par hasard et par nécessité »,dit-il paraphrasant un célèbre prix Nobel, s’attache depuis plus de vingt ans à le faire découvrir aux autres. Le Musée du Papier est installé depuis 1988 dans cette ancienne papeterie construite à la fin des années 1820 et qui a produit « beaucoup de papier, pour écrire et à cigarette, pour terminer sa route en 1972, d’abord pour être délocalisée, comme on dit, dans la banlieue d’Angoulême, avant de disparaître complètement, en 1987. Donc il n’y a plus de papier à cigarette produit en Charente depuis  cette date », explique Denis Peaucelle.

Et plus beaucoup non plus de papeteries. On n’en compte plus que cinq actuellement, à Angoulême et dans la périphérie, notamment «  une papeterie qui fabrique du papier sulfurisé - ce papier qui supporte les fortes chaleurs et résiste aux graisses et à l’eau - qui est un des fleurons de la région et même de la France entière ».

Profession papetier

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Le musée s’efforce de pérenniser la mémoire industrielle du lieu. Dans une salle du « rez-de-Charente », les vannes par lesquelles la rivière se déverse à grand fracas et  une roue à aubes témoignent encore de l’utilisation de l’énergie hydraulique pour la fabrication de la pâte à papier. Une autre salle raconte l’histoire de l’ensemble du site industriel. A l’étage, sous l’intitulé « Profession : papetier » une exposition temporaire – il y en a une ou deux par an – présente des documents sur le travail des hommes et des femmes dans les papeteries, du XIXe siècle au milieu du XXe.

Activités pédagogiques, ateliers découvertes, prêts pour des expositions itinérantes, publications : autant de manières de faire vivre des collections acquises à partir d’un fonds acheté par le musée des Beaux-arts au début des années 1970. «Quand je suis arrivé en 1986, ma préoccupation a été de récupérer ou d’acquérir toutes sortes d’éléments liés à la production industrielle du papier, sous forme de matériel ou de témoignages ».

Du vélin… sans le savoir

Mais alors ce fameux « vélin d’Angoulême », qui a fait la réputation de la ville et de la papeterie charentaise de la fin des années 1830 jusqu’à la fin du XIXe siècle, qu’était-il exactement?  « C’est un papier qui quand on le regarde par transparence semble relativement homogène (…) Le vélin d’Angoulême a été la première sorte de papier fabriqué industriellement en France ». Par opposition au vergé qui était traditionnellement produit dans les moulins à papier selon un procédé qui donne cet effet strié du papier quand on le regarde par transparence. « Deux produits complémentaires, résume Denis Peaucelle, sachant que le vélin, en dépit de son appellation qui peut paraître noble, est un produit industriel et un papier vulgaire. Tout le monde écrit tous les jours sur du vélin sans le savoir… comme Monsieur Jourdain faisait de la prose»…

Feuille à feuille

Moulin du Verger : le séchoir.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Moulin du Verger : le séchoir.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

A quatre kilomètres au sud d’Angoulême, à Puymoyen, sur la rive droite de la Vallée des Eaux Claires se trouve un des derniers témoins de la fabrication artisanale du papier, « feuille à feuille », le Moulin du Verger. C’est à partir de 1539 qu’on a commencé à y fabriquer du papier, et ce pendant plus de 300 ans. Le moulin est inscrit à l’inventaire des monuments historiques au titre de l’architecture industrielle du XVIIe siècle (les bâtiments ont été  entièrement reconstruits en 1635 par un papetier hollandais) et l’ensemble du site est classé sur environ un kilomètre en amont et en aval du moulin.

Repris par le maître papetier Jacques Bréjoux il y a une trentaine d’année, le moulin fabrique à nouveau du papier selon les méthodes traditionnelles. Des papiers fantaisies, avec incrustation de plantes, du papier blanc pour aquarelle, mais surtout du papier pour la reliure et la restauration des livres anciens. La production - de 10 à 15 000 feuilles par an – est exportée en partie en Italie, en Espagne, en Angleterre et aux Etats-Unis.

« On va de la matière première jusqu’au produit fini, explique Didier Navarro, qui travaille aux côtés de Jacques Bréjoux. La matière première, en ce qui concerne le papier pour la restauration, c’est du chiffon de lin usagé, exclusivement. Pour les autres sortes de papier, ce sont des fibres déjà conditionnées pour la papeterie industrielle : du bois, du lin, du coton, du chanvre, une plante appelée l’abaca, un bananier sauvage qui pousse aux Philippines…. Mais notre matière première principale reste le chiffon.  Avec une machine dont la technologie date du XVIIIe siècle ».

La pile hollandaise.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

La pile hollandaise.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

De la pile hollandaise…

Cette machine c’est la fameuse « pile hollandaise »  qu’on découvre dans l’atelier où ont été regroupées toutes les activités de fabrication : une cuve équipée d’un cylindre à lames, qui en tournant permet de brasser et de mélanger l’eau et la fibre. « Bien sur, on ne travaille plus avec la force hydraulique, précise Didier Navarro, mais avec la force électrique, ce qui permet de réduire 25kg de chiffon en 1h et demie à 2 heures ».  La cuve peut réduire jusqu’à 50 kilos de  chiffons. On peut voir sur les murs les traces des anciennes roues à aube.

Les feuilles sont fabriquées une à une à partir des fibres en suspension dans l’eau, la « pâte », recueillies par une sorte de tamis métallique, une «  forme »,  puis égouttées, et posées sur un feutre. « Et ainsi pour chaque feuille : c’est du feuille à feuille, on travaille au format, avec des formes qui vont de la carte de visite à un format de 95cm sur 70… Il faut avoir les bas assez longs pour tenir le tamis et assez fort pour pouvoir le sortir de la cuve ».

Le séchoir, vue de l'intérieur.(Photo : Sébastien Douaud)

Le séchoir, vue de l'intérieur.
(Photo : Sébastien Douaud)

Les feuilles sont ensuite mises sous presse, pour en extirper le maximum d’eau. Si une fois pressée, la feuille est solide, elle est encore humide. Les feuilles sont donc ensuite suspendues une par une dans le séchoir. Un long bâtiment, sur 6m de large, avec de chaque coté un système de claies réglables pour faire passer plus ou moins d’air, en fonction du temps. Les feuilles seront ensuite mises à plat dans une grande salle voûtée qui servait autrefois de pourrissoir pour la fibre.

à Balzac, sans le savoir

On apprendra au passage qu’en théorie on peut faire du papier avec toutes les plantes, puisqu’elles contiennent la cellulose indispensable à sa fabrication : bambou, iris ou ortie . « On a aussi utilisé de l’ortie, il y a quelques années pour une exposition, à la maison de Balzac à Paris.  Dans Illusions perdues, Lucien de Rubempré fabrique du papier à Angoulême, et va chercher la matière première dans un village, à une quinzaine de kilomètres,  qui s’appelle Marsac. Sans le savoir, j’ai été chercher ces orties à Marsac… et peut-être à l’endroit où le personnage de Balzac les avait lui-même ramassées »…

Comme quoi le papier ne peut que nous conduire, ou nous ramener à la littérature, et Angoulême à Balzac…

(Photo : Sébastien Douaud)

(Photo : Sébastien Douaud)

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