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Clearstream : après le «corbeau», l'informaticien

L'ex-informaticien de EADS, Imad Lahoud, arrive, le 07 juin 2006, à la Division nationale des investigations financières à Nanterre pour être entendu par les policiers dans le cadre de l'affaire Clearstream. 

		(Photo : AFP)
L'ex-informaticien de EADS, Imad Lahoud, arrive, le 07 juin 2006, à la Division nationale des investigations financières à Nanterre pour être entendu par les policiers dans le cadre de l'affaire Clearstream.
(Photo : AFP)
Après une garde à vue de 48 heures à la Division nationale des investigations financières (DNIF), Imad Lahoud, ancien responsable du centre de recherche du groupe aéronautique EADS, a été présenté aux deux juges en charge de l’instruction du dossier Clearstream. Jean-Marie d’Huy et Henri Pons ont décidé de le mettre en examen pour «dénonciations calomnieuses» et «faux et usage de faux». Remis en liberté, il est placé sous contrôle judiciaire. L’étau se resserre sur l’informaticien d’origine libanaise mis en cause cette semaine par un nouveau protagoniste, Florian Bourges, l’homme par qui les vrais listings de Clearstream ont été copiés.

A une semaine d’intervalle, les deux principaux protagonistes de l’affaire Clearstream, Jean-Louis Gergorin (ancien vice-président d’EADS) et Imad Lahoud (ancien informaticien de la même société), ont suivi le même circuit : 48 heures avec les policiers de la DNIF puis transfert au pôle financier du palais de justice pour y être entendu par Jean-Marie d’Huy et Henri Pons. Après avoir mis en examen Jean-Louis Gergorin, les magistrats ont pris la même décision à propos de l’informaticien franco-libanais.

Devant les policiers qui l’ont interrogé durant 48 heures, Imad Lahoud a continué à affirmer qu’il n’était pas la «source» de Jean-Louis Gergorin, le «corbeau» qui a transmis les listings falsifiés au juge Renaud Van Ruymbeke. Autrement dit qu’il n’a rien à voir avec cette l’affaire Clearstream. Une stratégie de défense qui commence à être de plus en plus difficile à tenir car de nouveaux témoignages sont intervenus pour affirmer qu’il a bien été en possession des listes de comptes de la société financière luxembourgeoise. L’homme qui a copié ces documents informatiques déclare, en effet, les lui avoir remis en 2003. Il s’agit d’un ex-consultant de la société Arthur Andersen, Florian Bourges, qui avait mené un audit chez Clearstream.

Bourges accuse Lahoud

Ce nouveau protagoniste a été interrogé cette semaine par les policiers mais aussi entendu par les juges en tant que témoin. Il leur a exposé sa version des faits. A savoir qu’il a été mis en relation avec Imad Lahoud par le journaliste Denis Robert, l’auteur d’une enquête sur les supposées malversations de Clearstream, auquel il avait fourni les fichiers de comptes de la société. Imad Lahoud lui en a demandé une copie, affirmant qu’il travaillait pour les services secrets français sur le financement du terrorisme. Florian Bourges accuse Imad Lahoud d’avoir falsifié ces listings [ajouter des noms de personnalités des affaires et de la politique] et pourrait en apporter la preuve car il affirme y avoir inscrit certaines mentions qui auraient été retrouvées sur les documents informatiques truqués.

Il l’aurait d’ailleurs signalé au juge Renaud Van Ruymbeke qu’il a rencontré, sur les conseils de Denis Robert, en octobre 2004. Cette entrevue n’avait pas été évoquée jusqu’ici puisqu’elle n’avait fait l’objet d’aucun procès-verbal dans le cadre de l’instruction de l’affaire concernant le versement de commissions occultes en marge de la vente de frégates françaises à Taiwan en 1991, sur laquelle enquêtait le magistrat. Elle a cependant été confirmée par le juge Van Ruymbeke qui affirme néanmoins que ce ne sont pas les éléments fournis par Florian Bourges, entendu «à titre de simple renseignement» [ce qui explique, selon lui, l’absence de procès-verbal], qui lui ont permis d’établir qu’il y avait eu falsification des listings, mais les commissions rogatoires lancées à l’étranger pour vérifier les informations.

Des réseaux croisés et une affaire compliquée

Le journaliste Denis Robert est lui aussi persuadé de l’implication d’Imad Lahoud et développe cette thèse dans un ouvrage intitulé Clearstream : l’enquête, dont la parution prévue cette semaine, a été reportée le 7 juin par le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris, à la suite d’une requête déposée par l’avocat d’Imad Lahoud, maître Olivier Pardo. Celui-ci estimait, en effet, que la sortie de ce livre, alors que son client devait être entendu par la justice, portait atteinte à la présomption d’innocence. Denis Robert a fait appel de cette décision. Le journaliste affirme qu’Imad Lahoud a essayé de le manipuler notamment parce qu’il était au courant de sa relation d’amitié avec le juge Van Ruymbeke. Face à ces attaques, l’avocat d’Imad Lahoud a dénoncé une tentative pour «désigner des coupables» sur la base «d’informations contradictoires erronées, non vérifiées».

Décidément, dans l’affaire Clearstream, plus on avance, plus on constate que les protagonistes ont tous des liens entre eux et que l’existence de réseaux parfois croisés n’est certainement pas étrangère à la manipulation en question. Florian Bourges contacte Denis Robert qui connaît Renaud Van Ruymbeke. Imad Lahoud contacte Denis Robert qui connaît Florian Bourges. Jean-Louis Gergorin engage Imad Lahoud qui a les listings de Clearstream… Reste à savoir qui a introduit sur les documents les noms de personnalités, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, afin de les compromettre et surtout pour le compte de qui il a agi.



par Valérie  Gas

Article publié le 09/06/2006Dernière mise à jour le 09/06/2006 à TU