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Environnement/ biodiversité

Les tortues de la discorde

par Solenn Honorine

Article publié le 11/05/2009 Dernière mise à jour le 13/05/2009 à 14:24 TU

Tortue Transmitter.(Photo : Solenn Honorine/ RFI)

Tortue Transmitter.
(Photo : Solenn Honorine/ RFI)

Dans un village reculé de Papouasie indonésienne, les villageois se déchirent pour savoir qui pourra profiter des revenus issus de la protection de la tortue luth, une espèce de tortue au bord de l’extinction. L’ONG écologique WWF y a monté un projet de conservation, mené en partie par les habitants des deux villages proches des plages où elles se reproduisent.

De notre coprrespondante en Indonésie, Solenn Honorine

Le dinosaure est parvenu à se hisser jusqu’en haut de la plage, énorme. Il bat de grands coups d’ailes, faisant gicler le sable autour de lui. C’est une nuit sans lune, et seules les myriades d’étoiles éclairent faiblement sa cuirasse noire striée de piques parallèles, en forme de larme et à la consistance d’un cuir tanné par des années sous la mer. Cette tortue est l’animal le plus étrange que je n’ai jamais vu. Il peut atteindre 2,5 mètres de long, et peser autant qu’une petite voiture, parcourir quelque 20 000 kilomètres à la nage pour s’offrir un bon dîner, et garder un attachement indélébile à la maison de son enfance :quoi qu’il arrive, l'animal reviendra à l’endroit même où il est né pour donner naissance à ses petits.

Des plages cruciales pour la conservation des tortues

La tortue luth vient de terminer de pondre ses œufs et utilise ses dernières forces pour recouvrir ses traces avant de rejoindre la mer, épuisée. C’est d’autant plus important que seul 1 œuf sur 1000, en moyenne, deviendra une tortue adulte, et l’espèce est déjà en danger d’extinction, surtout dans le Pacifique où il ne reste qu’environ 3 000 femelles qui pondent chaque année ; or les trois quarts d’entre elles choisissent cette plage pour se reproduire, Jamursba Medi, ou bien l’une des trois autres sur la côte Nord de la Papouasie. La vingtaine de kilomètres de sable gris représente donc un enjeu crucial pour la survie de l’espèce, et c’est pour cela que l’ONG écologique WWF y a monté un projet de conservation, mené en partie par les habitants des deux villages proches des plages.

Dans le village de Wau – un nom qui, dans une langue locale, signifie « tortues » - Mama Tabita est devenue la gardienne des tortues. Cette femme d’une cinquantaine d’années (elle ne connaît pas son âge), petite et bourrue, est un des leaders traditionnels de la communauté, et possède donc un droit coutumier sur la plage de Warmon où, chaque année, des centaines de tortues luth viennent pondre leurs œufs. « Personne n’ose venir ramasser les œufs des tortues, sinon Mama se met en colère », assure-t-elle.

Pendant des générations, les habitants de Wau ont mangé viande et œufs de tortues, « même Mama ! ». Cela ne posait pas de problème jusqu’aux années 1980, lorsque un nouveau ferry reliant les deux principales villes de Sorong et Manokwari, a commencé à passer régulièrement au large du village, brisant ainsi son isolement. Les villageois ont pu vendre œufs et viande de tortue aux étrangers, en échange d’argent –une commodité alors nouvelle. Pour la première fois, ils ont pu acheter sucre, cigarettes, riz, vêtements ; mais cela était au détriment des tortues, dont les populations ont souffert.

Compétition pour des ressources limitées

L'Organisation non gouvernementale WWF a donc eu l’initiative de payer les villageois pour protéger les tortues au lieu de les détruire. Aujourd’hui il emploie une vingtaine de personnes pour patrouiller les plages et, en échange, personne ne ramasse les œufs des tortues. « Ah ben non, on a trop peur de Mama Tabita », grommelle Martina Yom, une villageoise de Wau.

Un peu plus loin, des villageois sont assis dans un grand cercle à l’ombre d’un manguier, pour discuter du projet tortues avec des représentants du gouvernement local et du WWF. Un homme se lève, bras croisés, la lèvre tremblante de rage contenue, et énumère des reproches. « Vous vous occupez des animaux, mais nous, les hommes, on a le droit à quoi ? On a besoin de moteurs pour les bateaux de pêche, ils sont où ? ». Puis il explose, en vient presque aux mains avec le représentant du WWF, se tourne agressivement vers Mama Tabita qui se réfugie à l’extérieur du cercle. Les tensions sont élevées dans le village autour de la question des tortues. « Avant, ce n’était pas le cas », confie Andreanus, après le meeting. « Mais maintenant le village est coupé en deux ».

Lindernd Rouw, un représentant du gouvernement local, sert de médiateur entre les villageois. Il use de son charisme de prêtre pour apaiser les esprits. « C’est un tout petit conflit », modère-t-il. « Vous savez, c’est la culture en Papouasie. Ici nous possédons la terre en commun, et toutes les décisions doivent être prises ensemble ce qui cause des problèmes ».

En effet les conflits liés au contrôle de la terre –ici, des ressources liées à la plage où les tortues nidifient– sont très courants en Papouasie. Le conflit se résume vite : l’argent. Qui bénéficie des emplois créés par l’ONG étrangère ? Comment diviser les revenus ? Les responsables du WWF, eux, se retrouvent dans une situation délicate. « Protéger la nature, c’est d’abord s’occuper des hommes », insiste Creusa Hitipeuw, responsable du projet tortues. « Et avec l’aide du gouvernement local, il faut trouver un moyen de faire profiter tout le monde ».

La plage de Batu Rumah est l’une des quatres plages de Papouasie indonésienne qui réunissent plus de 70% des tortues luths qui viennent se reproduire.
(Photo : Solenn Honorine/ RFI)

La plage de Batu Rumah est l’une des quatres plages de Papouasie indonésienne qui réunissent plus de 70% des tortues luths qui viennent se reproduire.
(Photo : Solenn Honorine/ RFI)



 

Pour en savoir plus :

- Consulter le site de Actu-environnement : Mobilisation pour la défense de la tortue luth

- Lire Pour une planète verte et des habitants responsables, éditions Nathan

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