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Bosnie

L’ancien dirigeant Radovan Karadzic toujours introuvable

Malgré trois jours de fouilles intensives dans la bourgade de Pale, l’ancienne capitale des Serbes de Bosnie, les soldats internationaux de la SFOR sont repartis une fois de plus bredouilles. Radovan Karadzic, le fugitif le plus célèbre du TPI, leur a encore échappé.
De notre correspondant dans les Balkans.

Il y a un mystère Karadzic. Inculpé par le Tribunal pénal international (TPI) au lendemain des accords de paix de Dayton, qui ont mis fin à la guerre de Bosnie à l’automne 1995, l’ancien Président de la Republika Srpska demeure introuvable. Durant plusieurs années, les soldats de la SFOR n’ont guère déployé d’efforts réels pour le capturer et on évoquait des complicités dans la direction de la force militaire internationale déployée en Bosnie. Les services de renseignements français ont plusieurs fois été montrés du doigt par le TPI, et les Etats-Unis avaient également dénoncé, mais sans apporter de preuves convaincantes, des fuites françaises après la dernière tentative infructueuse d’arrestation de Radovan Karadzic, en février 2002.

Chef politique des sécessionnistes serbes de Bosnie, Karadzic avait participé à de nombreux pourparlers internationaux, et l’on supposait donc qu’il aurait pu faire des révélations sur les compromissions des Occidentaux avec les responsables du «nettoyage ethnique». Le temps passant, cet argument perd néanmoins peu à peu de sa valeur.

Durant longtemps, le fugitif a joui d’une protection tacite de la part des autorités de la Republika Srpska, et il pouvait également se rendre librement dans la Serbie de Milosevic. Les autorités de Belgrade affirment aujourd’hui vouloir coopérer pleinement avec le TPI, et semblent avoir effectivement coupé les bases arrière de Karadzic en Serbie depuis un an. Plusieurs signaux laissent même penser que les autorités actuelles de la Republika Srpska pourraient vouloir se débarrasser du dossier Karadzic. Les nationalistes du Parti démocratique serbe savent en effet que leur marge de manœuvre politique est étroitement limitée par le Haut représentant international en Bosnie, Paddy Ashdown, et ils essayent de donner des gages de bonne conduite.

Le soutien de l’Eglise orthodoxe

Le fugitif disposait également d’une solide cagnotte, fruit des pillages et des trafics du temps de la guerre. Son frère, Luka Karadzic, qui réside en Serbie, était l’un des personnages clés des fructueux trafics de pétrole dans les Balkans. Ses comptes bancaires et ses sociétés ont été placés sous séquestre, tandis que Momcilo Mandic, lui aussi impliqué dans la contrebande d’essence et considéré comme le principal financier de Karadzic, a été arrêté en Serbie en mars 2003. Le magot avec lequel le fugitif payait ses gardes du corps et achetait silences et complicités a vraisemblablement dû fondre comme neige au soleil. Les derniers soutiens officiels de Karadzic se trouvent du côté de l’Église orthodoxe, et le fugitif pourrait occasionnellement trouver refuge dans des monastères.

Selon toutes probabilités, Radovan Karadzic se cache dans une petite région montagneuse de l’est de la Bosnie, qui s’étend depuis Pale jusqu’à la frontière monténégrine. Malgré la promesse d’une très forte récompense, l’administration internationale en Bosnie n’a toujours pas pu obtenir de témoignages menant à son arrestation. La dernière opération aurait été lancée à la suite d’informations selon lesquelles Karadzic serait malade ou blessé et aurait cherché des soins à Pale. Reconnaissant le nouvel échec des soldats de la SFOR, un porte-parole de la force internationale a cependant expliqué que main basse avait été faite sur de nombreux documents qui pourraient faciliter l’arrestation de Karadzic, ce qui représente une sorte de lot de consolation. «Ils savent tout, sauf l’endroit où se cache mon mari», a commenté Ljiljana Karadzic, dont la maison a été une nouvelle fois fouillée de fond en combles.

Malgré les pressions et les offres de prime, la population serbe de la région semble massivement faire bloc autour de son ancien dirigeant. C’est probablement là que réside la grande différence entre Radovan Karadzic et Saddam Hussein.



par Jean-Arnault  Dérens

Article publié le 15/01/2004