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Serbie

Le retour des proches de Milosevic

Près de six semaines après les élections du 28 décembre dernier, le Parlement serbe a enfin réussi à élire son président, mais au prix d’une réhabilitation politique du Parti socialiste de Serbie, la formation de l’ancien président Milosevic, en jugement devant le TPI de La Haye depuis deux ans. La Serbie n’est pourtant pas encore sortie de la crise politique.
De notre correspondant à Belgrade

Mercredi dernier, Dragan Marsicanin a obtenu 128 voix sur les 250 députés que compte le Parlement serbe. Fidèle compagnon de Vojislav Kostunica, le «tombeur» de Milosevic le 5 octobre 2000, Dragan Marsicanin a bénéficié des voix des députés du Parti socialiste de Serbie (SPS). Il devient également président de la République par intérim, puisque la Serbie n’a plus de président depuis l’automne 2002, et que le scrutin présidentiel a été invalidé à trois reprises, faute d’une participation suffisante des électeurs.

À peine élu, Dragan Marsicanin a salué le «sens des responsabilités» des députés qui ont voté en sa faveur, en ajoutant que «l’on ne pouvait pas éternellement juger les vieux péchés, ni dormir sur ses lauriers». De la sorte, il effectue une véritable réhabilitation politique des camarades de Slobodan Milosevic.

L’unité du «bloc démocratique», qui réunissait de manière de plus en plus virtuelle tous les partis qui avaient combattu l’ancien maître de Belgrade, a donc volé en éclats. Le Parti démocratique (DS), la formation de Zoran Djindjic, le Premier ministre assassiné il y a près d’un an, a refusé de voter pour Dragan Marsicanin, et dénonce le retour en grâce des socialistes.

La prochaine étape devrait être la formation d’un nouveau gouvernement, le favori pour le poste de Premier ministre étant Vojislav Kostunica. Ce gouvernement devrait réunir les trois formations réputées «démocratiques» qui ont soutenu Dragan Marsicanin, mais il semble exclu que le Parti démocratique puisse apporter un soutien sans participation à ce gouvernement, comme l’hypothèse en a été longtemps envisagée. Du coup, l’appoint des socialistes risque encore d’être déterminant pour assurer une majorité parlementaire à ce gouvernement.

Parmi les partis qui ont soutenu l’élection de Dragan Marsicanin, les libéraux du G17+ ne cachent cependant pas leurs réticences face à une telle hypothèse. On ignore de surcroît à quel prix les socialistes feraient payer leur éventuel soutien.

L’inquiétude du Montenegro

La Serbie n’est donc que bien partiellement sortie de la paralysie politique dans laquelle elle était plongée depuis les élections du 28 décembre dernier, et la coalition improbable entre certaines formations de l’ancienne opposition démocratique et le Parti socialiste a bien peu de chances de garantir la stabilité politique du pays. Sur tous les dossiers cruciaux qui attendent le nouveau gouvernement, notamment la poursuite des réformes économiques et des privatisations, la coopération avec le TPI, l’évolution des relations avec le Monténégro et l’ouverture des discussions sur le statut final du Kosovo, on voit mal quel terrain d’entente pourrait être trouvé entre les partisans de M.Marsicanin et le SPS.

Des taches importantes et urgentes attendent le nouveau parlement, notamment le vote du budget de l’année 2004. Depuis l’automne dernier, les administrations publiques fonctionnent sur des crédits reconduits de mois en mois, ce qui bloque toutes les urgentes politiques de réforme.

Le nouveau parlement doit également désigner ses représentants au Parlement fédéral de l’Union de Serbie et Monténégro, dont la composition va donc connaître d’importants changements. Du coup, le mandat de ministres réformateurs de l’Union, comme les actuels titulaires des Affaires étrangères et de la Défense, pourrait être remis en cause, et les dirigeants monténégrins voient d’un très mauvais œil le retour au pouvoir des partis traditionnellement attachés à une union étroite entre les deux républiques.

Même si le gouvernement parvient à être formé dans les prochains jours, la Serbie devrait connaître prochainement un nouveau test électoral, avec un nouveau scrutin présidentiel, qu’il revient à Dragan Marsicanin de convoquer. De plus, le spectre d’élections législatives anticipées n’est pas encore écarté, si le gouvernement ne parvenait pas à être formé. Dans tous les cas de figure, l’extrême-droite nationaliste du Parti radical serbe pourrait connaître une nouvelle progression, en s’imposant comme la seule force d’opposition. En réalité, la Serbie est bien loin d’être sortie de la crise politique dans laquelle elle se débat depuis des mois.



par Jean-Arnault  Dérens

Article publié le 07/02/2004

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